Déclarations
ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL À L'OUVERTURE DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU CONSACRÉ À L'AFRIQUE
16 Juillet 2001
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ECOSOC
16 juillet 2001
La déclaration suivante a été faite aujourd'hui par le Président du Conseil économique et social, M. Martin Belinga-Eboutou, à l'ouverture du débat de haut niveau du Conseil, consacré cette année au rôle du système des Nations Unies en ce qui concerne l'appui aux efforts des pays africains pour parvenir au développement durable :
«Permettez-moi, tout d'abord, de vous souhaiter une cordiale bienvenue au débat de haut niveau du Conseil économique et social consacré au développement de l'Afrique et au rôle des Nations Unies.
Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU, je voudrais, de façon spéciale, saluer, pour m'en féliciter, votre présence parmi nous, en ce moment particulier où les préoccupations de l'Afrique sont débattues au sein du Conseil économique et social.
Les hasards du calendrier font de cette session la toute première réunion d'un organe principal de l'ONU à laquelle vous prenez part, depuis votre reconduction, sans réserve aucune, à la tête du Secrétariat général de l'ONU. Le Conseil économique et social en est plus que flatté.
En son nom et au nom de l'ensemble des délégations ici présentes, je vous réitère nos très vives et sincères félicitations.
Votre réélection par l'Assemblée générale, à l'unanimité, atteste de la haute appréciation par les États membres de votre rigueur, de votre compétence, de votre vision et de votre dévouement ; elle traduit leur satisfaction pour vos efforts inlassables au service de la communauté internationale et pour les résultats considérables enregistrés durant votre premier mandat.
Pour l'Afrique, votre confirmation en tant que gardien de la Charte des Nations Unies, est un motif à la fois de fierté pour ses peuples et d'optimisme face au défi de son insertion sur l'échiquier international. Vous pouvez compter sur notre soutien indéfectible tout au long de votre nouveau mandat.
Pour formuler l'espérance et le rêve d'un monde meilleur, les hommes recourent souvent à des images qui les aident à mieux cerner la voie pour que leurs vœux deviennent en réalité. A cet égard, il n'existe pas de formules davantage porteuses d'espoir que celle de «village global» par laquelle l'on définit l'avènement de la mondialisation.
Le projet que recouvre ce terme reste cependant à mettre en œuvre. En effet, l'édification du «village global» bute encore sur nombre de barrières, disparités et écarts entre les régions du monde qui font, notamment, de l'Afrique une zone du village en chantier, dans la meilleure des hypothèses, une zone sinistrée sinon abandonnée dans la pire des hypothèses.
Tant que subsisteront cette déchirure et ce décalage, la marche du monde tout comme son équilibre seront handicapés. Telle est notre conviction. Il ne fait certes aucun doute que la communauté internationale, dans son ensemble, a la nette conscience que le destin collectif du globe est ombiliquement lié à celui de l'Afrique. Il lui reste alors à déployer l'élan de solidarité volontariste et à forger les actions vigoureuses nécessaires pour contribuer, aux côtés des Africains, à hisser leur continent à la place légitime qui doit être la sienne dans le monde.
Face au défi africain, les Nations Unies en tant que principal acteur et instrument de la coopération internationale ont une responsabilité majeure. Quant au Conseil économique et social, il se doit d'être l'un des relais essentiels qui guide, inspire, oriente et impulse les actions et programmes du système des Nations Unies en direction de l'Afrique.
On ne peut que se féliciter de la série de conférences initiées par le système des Nations Unies sur des thèmes qui intéressent l'Afrique : la Conférence mondiale sur l'éducation, la Troisième Conférence des PMA, la Session extraordinaire de l'Assemblée générale le VIH/sida en Afrique, et tout prochainement la Conférence mondiale contre le racisme et la Session spéciale de l'Assemblée générale sur l'enfant.
Chaque thème spécifique cerné par chacune de ces conférences aborde, en profondeur, l'une des facettes des principales difficultés auxquelles est confrontée l'Afrique. Tous ces thèmes ont pour corollaire la pauvreté.
Pauvreté, inégalités et violation des droits de l'homme vont ensemble.
L'intégration de l'Afrique dans le «village global», on le voit, dépend, plus que jamais, de l'éradication de la pauvreté et de ses facteurs aggravants que sont les épidémies et les conflits armés. Cette intégration passe, également, par un redémarrage économique du continent. La réalisation de ces objectifs exige d'une part une mobilisation sans faille de la communauté internationale, d'autre part une consolidation de la paix, de la démocratie et de la bonne gouvernance par les pays africains. C'est de cette double préoccupation que procède la Nouvelle initiative africaine, adoptée au dernier Sommet de l'OUA à Lusaka.
Par cette initiative, l'Afrique s'est donnée un dessein, a décidé de s'approprier son développement. Elle a, pour le soutien extérieur indispensable à sa réalisation, proposé à la communauté internationale un cadre cohérent et des programmes fiables.
Ce manifeste pour un nouvel ordre africain de développement et de coopération est donc un défi.
Un défi que l'Afrique se lance à elle-même en engageant sa crédibilité et sa capacité à faire modeler son destin.
C'est aussi un défi de l'Afrique à la communauté internationale, à l'Organisation des Nations Unies et à ses membres, en les conviant à dégager en faveur du développement du continent les moyens nécessaires, à la mesure des besoins et surtout, des engagements pris par les Chefs d'État et de gouvernement envers l'Afrique au Sommet du Millénaire.
On ne peut que souscrire pleinement aux priorités immédiates dressées dans la Nouvelle initiative africaine, et auxquelles l'Afrique compte s'attaquer avec l'appui du système des Nations Unies et de ses partenaires en développement.
Au cours de ces trois jours de travaux, je suis convaincu à l'avance de la contribution positive de chacun et chacune de vous à la détermination des voies et moyens d'aider l'Afrique à réussir son pari. Il nous faudra trouver des réponses aux interrogations essentielles à l'ordre du jour de notre rencontre :
- Comment parvenir à une meilleure intégration de l'aide apportée par le système des Nations Unies aux politiques et programmes de développement menés à l'échelon des États africains ?
- Comment stimuler l'aide apportée par le système des Nations Unies au renforcement des capacités en Afrique ?
- Comment accroître la capacité du système à favoriser et à encourager le partenariat entre secteurs publics et privés au profit du développement de l'Afrique ?
- Comment aider les pays africains à améliorer la gouvernance, la gestion des affaires publiques, à instaurer la paix ?
- Quelles mesures la communauté internationale doit-elle prendre pour trouver une solution de long terme au problème de la dette extérieure ?
- Quel genre de concours le système des Nations Unies et les autres partenaires en développement doivent-ils apporter aux pays africains dans leurs stratégies nationales et régionales d'intégration et de diversification de leurs économies ?
- Comment l'ECOSOC peut-il aider l'Assemblée générale à évaluer la mise en œuvre des objectifs pour l'Afrique inscrits dans la Déclaration du Millénaire ?
Tels sont quelques-uns des enjeux dont nous devons débattre et auxquels nous devons apporter des réponses, de vraies réponses qui reflètent l'esprit du Sommet du Millénaire et s'en inspirent.
Je souhaite vivement que notre réunion, dont l'objet pourrait se définir comme «la voie de l'intégration de l'Afrique dans le village global», renforce le dialogue entre tous les acteurs et partenaires en développement.
L'Afrique et les nombreux problèmes auxquels elle est confrontée méritent urgence et attention. Sachons, ensemble, faire preuve d'audace pour trouver des solutions aux graves problèmes qui nous sont posés.
Vous ne m'en voudrez pas d'évoquer ici quelques aspects de ce qui tisse, en Afrique, notre vie quotidienne et les rêves de nos nuits. En décidant de consacrer notre segment de haut niveau au développement de l'Afrique et au rôle des Nations Unies, donc à notre rôle, nous avons voulu manifester à l'Afrique notre solidarité, partager ses soucis, ses rêves et ses espoirs.».
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